P A R L E     M O I     M O N     O M B R E

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Au détour d’un couloir,
Patiemment, derrière un rideau,
Tu m’attendais mon Ombre.

 

Dans l’antichambre de la Conscience, il n’y a qu’à cet endroit où nous pouvions parler.
Pour te rencontrer, il suffisait de lever le voile.
Mais je n’avais pas encore compris qu’il fallait être à genoux.

 

Alors, face à face, nous nous sommes contemplées.
“ Que veux-tu ? ”, t’ai-je demandé.

Tu m’as confié dans un murmure : “ Je suis là pour détruire.”

J’ai fermé les yeux ; à demi-mots, je t’ai demandé : “ Parle-moi …”

Après un moment, tu m’as finalement répondu : “ Je vais te montrer mes visages.”
Et, sans un autre mot, tu as disparu.
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En m’incarnant, j’avais rencontré le premier :

 

« Je suis le petit “moi”, le sentiment de séparation,
Né de la division, j’ouvre la voie au règne de l’ego.
Je vis dans le passé et n’existe qu’au futur,
Je me nourris du « toujours plus » qui alimente votre faim et n’étanche jamais votre soif.
Je guette l’instant où vous quittez l’ici et le maintenant pour dévorer votre paix.
Qu’elles soient intérieures ou tournées vers un ennemi imaginaire,
vos guerres sont autant de bois qui attisent ma Flamme.
J’aime vos pensées à l’odeur de sang et au parfum de larmes.
Mon cantique porte le nom de la Souffrance,
Vous semblez prendre plaisir à l’écouter en boucle. »

 

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Quand ma poitrine se mit à éclore, j’en découvris un autre,
celui des femmes du monde entier :

 

“ Je suis les femmes dont le sexe est outragé.
Tous les mois je saigne la honte, l’exclusion et le dégoût.
Quand l’hystérie semble me revenir de droit, c’est pourtant entre mes mains que grandissent nos enfants.
Objet de désir, je porte dans mes courbes la trace du viol, et celui de la torture.
Je suis toutes ces femmes devenues des hommes, qui meurent à elles-mêmes chaque jour pour survivre dans un système de soumission.”

 

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En grandissant, mon regard sur mes parents s’affina. Ils ne réussirent plus à dissimuler leur souffrance.

 

J’avais découvert l’ombre des lignées, elle s’invitait dans la danse :

 

« Je prends racine dans le passé,
Au cœur des blessures, je fleuris des émotions non apaisées.
Je conserve les non-dits, cadavres putréfiés faucheurs d’innocence.
Au seul nom de la mémoire, les plaies se rouvrent.
Les générations passent et vos yeux restent fermés.
Inlassablement, c’est la même pièce qui se joue.
Vous êtes les spectateurs ahuris de schémas récurrents,
Vous pensez « Je n’ai pas reproduit » mais votre ego vous ment,
La forme vous semble nouvelle,
Mais le fond, lui, entrave encore et encore vos pas. »

 

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Puis vint un jour où je n’ai plus réussi à vivre avec “moi”.

 

J’avais décidé d’en finir avec toi, mon ombre, prête à sauter.

 

Et le dernier de tes visages m’est alors apparu ;

 

Notre étreinte a fait naître cette Révélation, tu m’as glissé à l’oreille :

 

« N’oublie pas, je suis la seule Porte qui te conduit jusqu’à Toi. »

 

J’ai entendu ta voix s’adoucir ; ce sursaut de Vie était notre Salut.

 

« Sors du rêve, as-tu soufflé.
A chaque fois que je tenterai de reprendre le contrôle, démasque-moi !
A chaque fois qu’une pensée de bataille ou de désolation s’immisce, déracine-la !
A chaque fois que tu es tentée d’être coupée et de te sentir seule, ressaisis-toi !
Tout cela n’est pas Toi.

 

Réveille-toi et ce n’est pas seulement toi que tu sauves,
Mais l’humanité entière.

 

Nombreux seront ceux qui voudront te maintenir dans mes bras.
Tu seras folle à leurs yeux et ils te mettront sur une croix.
Pardonne-leur car les rêveurs de l’Enfer ne connaissent pas d’autres royaumes.

 

L’inconscience est un lourd héritage,
Elle est votre plus grand bourreau.

 

Fais le choix de la Conscience,
Sois la Présence qui illumine.

 

Réveille-toi et ce n’est pas seulement toi que tu sauves,
Mais l’humanité entière”.